Éloge du papier
Benoît Bréville, Pierre Rimbert
Petit plaidoyer coédité avec Le Monde diplomatique
Les industries numériques aimeraient transformer les populations en une armée de zombies qui titubent sur écran, d’une vidéo de chat à une séquence de massacre, ou commentent rageusement la polémique du jour. Comment, dès lors, dissiper le brouillard de données, de nouvelles et d’images qui grésille sans trêve sur nos écrans ?
Le papier, méthode révolutionnaire, quoique vieille de deux millénaires, pourrait bien offrir un asile aux déserteurs de la guerre de l’attention. Sans doute parce qu’il ouvre un imaginaire infiniment plus profond que la simple fonction de support d’écriture, le papier symbolise la reconquête de notre curiosité, la maîtrise de notre concentration, notre résistance au vol des informations personnelles qu’implique en régime de marché l’usage des appareils connectés.
À l’heure du déluge numérique, il est le support d’une souveraineté recouvrée sur les objets de notre attention et, partant, de nos mobilisations. Ainsi, l’éloge du papier ne traduit pas une réaction conservatrice mais un mouvement rationnel et une nécessité politique.




